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grotte-Lascaux-interieur-by-Francesco-Bandarin

Fin 2016 a été inauguré Lascaux IV. Les enjeux touristiques mais aussi scientifiques et artistiques à l’origine de la démarche suscitent une réflexion.

Ce Centre dédié à l’art pariétal n’est-il pas en soi un exemple tout en contraste ?

Pourtant, la reproduction et son enveloppe ont en commun de faire appel aux techniques les plus innovantes.

Un peu d’histoire

plan-grotte-Lascaux-1-by-120-Mourre-InrapDécouverte en 1940, la grotte est aménagée et ouverte au grand public dès 1948. Un afflux continu de visiteurs (plus de 1000 par jour) va corrompre l’atmosphère et favoriser le développement de micro-organismes. Les peintures sont en danger. En 1963, l’accès est interdit au grand public. Bien que la grotte ait été soigneusement décrite, que les peintures aient fait l’objet de relevés, de dessins, de photos qui circulent parmi les scientifiques et le public, il est dommage de laisser une telle merveille cachée. Quelques chercheurs y accèdent encore pour la surveillance et le traitement des pathologies, l’étude des œuvres mais leurs heures sont drastiquement comptées. L’idée d’en réaliser une reproduction naît dans les années 70.

En juillet 1983 est inauguré Lascaux 2, un fac-similé d’une partie de la grotte. Il subit lui aussi la fatigue d’incessantes visites. Faute d’un entretien régulier, en 2009, il ferme partiellement ses portes jusque 2014 pour être restauré. Toutefois son implantation, trop proche, du site originel n’est pas sans poser problème. Comme l’intérêt pour le sujet reste entier, une exposition itinérante est montée, révélant d’autres peintures. Elle démarre son périple international à Bordeaux en 2012, c’est Lascaux 3. En parallèle, il a été décidé de construire un nouveau centre. Ce sera Lascaux 4. En 2012, toujours, Snøhetta et le scénographe Casson Mann remportent le concours.

Attardons-nous sur ce bâtiment contemporain et le fac-similé de peintures paléolithiques.

Le bâtiment

Sa conception procède à la fois de la scénographie paysagère et muséale.

Paysage …

chantier-Lascaux-4-aout-2014-by-Skull33Comme le montre cette photo du chantier, le nouveau complexe est implanté au pied de la colline afin d’éviter que la foule de visiteurs n’impacte encore le site historique.

Semi-enterré, il s'insère finement dans le paysage. La hauteur visible ne dépasse pas 8 mètres pour que sa volumétrie n’entre pas en concurrence avec le relief naturel du site. En se déployant comme un long ruban de 150 mètres, il souligne la rupture paysagère entre l’espace boisé et la zone agricole. Si l’accès n’est pas sans rappeler le cheminement vers la vraie grotte, la géométrie aux lignes brisées en éloigne l’idée. Tout indique au visiteur qu’il entre dans un monde artificiel, la reproduction contemporaine d’un monde ancien : un monde de contrastes où le vrai côtoie le faux, le présent abrite le passé.

… et musée

Le visiteur est embarqué dans une expérience immersive. A l’instar de Marcel Ravidat et ses amis … le voici parti à la découverte de la grotte. Or celle-ci présente une déclivité. Voilà pourquoi, un ascenseur l’emmène directement au point haut du bâtiment, un belvédère panoramique, départ du parcours. Tout y sera mis en œuvre pour le plonger dans la magie du mystérieux sanctuaire à travers un fac-similé d’une qualité exceptionnelle.

Quelques subtiles différences :

A la sortie de la grotte, la visite n’est pas terminée pour autant. Elle se poursuit avec un cinéma 3D, des espaces éducatifs dédiés aux enfants, un théâtre pariétal ou encore un atelier avec les blocs de pierre peints suspendus à hauteur des yeux.

Lascaux-4-batiment-_Snohetta-exterieur-by-Traumrun

La lumière

Les espaces d’exposition et de transition jouent sur la lumière. Dans la grotte, l’éclairage artificiel rappelle celui des lampes à graisse animale du paléolithique. La lumière naturelle du patio guide le visiteur dans son retour au présent. Ici, de larges bandeaux vitrés éclairent généreusement les galeries, là, une fissure d’éclairage naturel propose de se poser. Des plafonds de verre accentuent encore les jeux de lumière.

A travers les atmosphères, la lumière et les intensités, architecture et scénographie titillent l’expérience émotionnelle. A travers le jeu de montées et descentes, l’expérience kinesthésique entre en scène. Entre le clair et l’obscur, le haut et le bas, le dedans et le dehors, l’art et la nature, … , vous l’aurez compris, les concepteurs de ce musée d’exception ont multiplié les expériences sensorielles pendant ce cheminement vers la naissance de l’art.

Le numérique

→ A la conception

Le BIM, via le logiciel Revit, était également un intervenant de choix du projet, vu la complexité de certains raccords, l’encombrement de la structure et des équipements autour de la maquette au volume variable.

→ En scénographie

Le numérique (réalité augmentée, écran 3D et tablettes) est également bien présent, outre le cinéma :

L’expérience immersive faussement réelle côtoie la réalité virtuelle. Une passerelle digitale franchit l’espace-temps pour offrir aux visiteurs une vision inédite du (ou au ?) paléolithique.

Le béton

Le choix du béton est stratégique dans le parti architectural. Monolithique et minéral, il ancre sobrement le bâtiment dans le paysage et l’histoire. Sa puissance joue non seulement sur l’émotion des visiteurs mais les prépare à vivre une expérience exceptionnelle.

→ Les murs

Les murs de béton se veulent les parois d’une faille en mouvement :

→ La toiture (végétalisée)

La toiture, en béton elle aussi, repose sur une structure métallique. Elle s’étend sur 8000 m² et se déploie comme une vague. Le dessin, le calcul et la réalisation de la charpente se sont avérés compliqués car il fallait tenir compte de l’inclinaison divergente et variable des murs et du toit.

Même lorsqu’elle est en forte pente, la toiture est végétalisée.

Ce ruban, si simple en apparence, cache un bâtiment très complexe aux techniques audacieuses !

... A suivre : le fac-similé ...

 

 

Sources :
- www.lascaux.fr
- fr.wikipedia.org/wiki/Grotte_de_Lascaux
- www.afsp-perigord.fr
- « New photographs reveal Snøhetta's Lascaux IV Caves Museum in southern France », Jessica Mairs, 03/04/2017, www.dezeen.com
- « La grotte de Lascaux 4.0 par SNØHETTA à Montignac », Garance Sornin, 12/12/2016, www.amc-archi.com
 - « Lascaux IV / Snøhetta + Duncan Lewis Scape Architecture », 03/04/2017, www.archdaily.com
- « Lascaux 4 : Une plongée dans les entrailles de la (pré) histoire », Stéphanie Odéon, 20/05/2016 (mis à jour 11/12/2017), www.batiactu
- « Lascaux 4 : des parois plus vraies que nature », Stéphanie Odéon, le 08/12/2016, www.batiactu
- « Les secrets de fabrication de la grotte de Lascaux IV (1/3) », François Ploye, 25/05/2016, www.batirama.com
- « Les secrets de fabrication de la grotte de Lascaux IV (2/3) », François Ploye, 27/05/2016, www.batirama.com
- « Les secrets de fabrication de la grotte de Lascaux IV (3/3) », François Ploye, 30/05/2016, www.batirama.com
Source des photos utilisée à titre d’illustration (leur utilisation n'engage en rien les auteurs sur un soutien ou un entérinement éventuel du contenu de l'article) :
- « Grotte de Lascaux. Sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère (France) » by Francesco Bandarin, 30/06/20067, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 nported license, commons.wikimedia.org
- « Lascaux 4, Montignac, Dordogne, France » by Traumrune (travail personnel), 05/03/2017, Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license, commons.wikimedia.org
- « Lascaux plan » by 120 (V. Mourre / Inrap – travail personnel), 07/09/2015, Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license, commons.wikimedia.org
- « Site de construction de Lascaux IV en août 2014 » by Skull33 (travail personnel), 11/08/2014, Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license, commons.wikimedia.org